LE
RENARD DANS LA VILLE
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Or, après l’importante épizootie de Rage essuyée
sur le continent européen, durant laquelle les densités de
populations de renards avaient fortement diminué, on a vu ces densités
augmenter rapidement dès le début des années 1990
(Artois, 1997) et parallèlement les renards furent de plus en plus
fréquemment observés dans les zones urbanisées (Gloor
et al., 2001).
En Suisse par exemple, le Renard est désormais présent dans
30 villes de plus de 20000 habitants et quatre villes de plus de 50000
habitants (Zurich, St Gallen, Luzern, Biel) comportent des terriers jusqu’en
leur cœur. Ce phénomène apparaît être très
récent (depuis 1985) (Gloor et al., 2001). Seules les populations
de renards de l’agglomération genevoise semblent être
en déclin du fait d’une épizootie de gale sarcoptique
depuis 1996 (Claude Fisher, communication personnelle). Désormais
la population de renards urbains à Zurich, atteint environ 500 animaux,
avec des densités atteignant 10 adultes au kilomètre carré (Deplazes
et al., 2002).
Ce phénomène est aujourd’hui mentionné dans la plupart des pays appartenant à l’aire de répartition du Renard roux, comme la Norvège avec la ville d’Oslo (Christensen, 1985), le Danemark à Arhus, à Stuttgart en Allemagne ainsi que les villes de Toronto au Canada (Adkins & Stott, 1998) et Sapporo au Japon. En France également le Renard urbain a été étudié dans le Val d’Oise (Debuf, 1987) et dans la ville de Nantes (Lechat, 1994 ; Richomme, 2002 ; Guitton, 2003) la présence du renard a également été mentionnée dans les villes de Lyon, Nancy et Rouen (Artois, 1989).
Plusieurs théories tendent à expliquer le développement
de populations urbaines de renards.
La première, formulée par Harris & Rayner (1986b), part
du fait que dans les années 1930, en Grande-Bretagne, il y a eu
un rapide accroissement des constructions de banlieues formées de
résidences privées avec jardin, occupées par une population
de classe moyenne, constituant des zones de faible densité humaine,
très favorable à l’installation du Renard. Une fois
installé dans ces banlieues, le Renard aurait ensuit migré vers
des zones plus urbanisées.
Une autre hypothèse s’appuie sur la pression de population
(Population Pressure Hypothesis). Les renards auraient envahi les villes
afin de pallier l’augmentation de densité présente
en milieu rural. Selon cette théorie les populations de renards
dans les villes et dans les zones rurales adjacentes devraient augmenter
parallèlement, et ne devraient pas être génétiquement
différentes (Rousset, 1999). Déjà en 1982, Macdonald & Newdick
suggéraient qu’il n’y avait pas de division nette entre
ces deux types de population, car ils avaient pu observer des passages
réguliers d’un milieu à l’autre par certains
individus.
Enfin, il y a la théorie de l’île urbaine. Les renards
urbains seraient devenus adaptés aux conditions de vie spécifiques
du milieu urbain, comme les fortes densités de populations humaines.
Ils seraient par conséquent capables d’utiliser des ressources
particulières à la ville telles que les rebus de nourriture
ou les lieux de refuge permettant de se cacher pendant la journée.
Dans cette configuration, les populations citadines évolueraient
indépendamment des populations rurales. Le début de la colonisation
du milieu urbain s’expliquerait par l’adaptation comportementale
de quelques renards, leur permettant d’accéder aux nouvelles
ressources qu’apporte le milieu urbain. Comme seulement quelques
individus auraient fondé les populations de renards urbains on devrait
s’attendre à ce que celles-ci soient génétiquement
différentes des populations rurales adjacentes.
Bien que la vie en zone urbaine nécessite des adaptations particulières,
dont certaines ont déjà été mises en évidence,
Gloor et al. (2001) considèrent que la théorie des pressions
de population explique au moins comment le phénomène a pu être
initié. On ne pourra trancher plus avant qu’en étudiant
de plus près l’utilisation des ressources par les renards
urbains et la structure génétique de leurs populations.
2.
Mode de vie des renards urbains
2.1 Conditions favorables et
types de sites fréquentés
Il semblerait que le phénomène « Renard urbain » soit
plus répandu dans des villes de grande taille (Macdonald & Newdick,
1982 ; Gloor et al., 2001). Ceci peut peut-être s’expliquer
par le fait que les grandes agglomérations offrent de plus grandes
proportions de banlieues, habitat qui semble être le plus favorable
aux renards (Harris & Rayner, 1986b). En effet, dans les villes de
Grande-Bretagne, les zones du centre ville, de logements à caractères
social, les zones industrielles ou commerciales, sont peu fréquentées
par les renards, alors que l’on observe de forte densités
dans les quartiers résidentiels privés calmes, où la
densité humaine est réduite et les chiens errants rares
(Harris, 1981a).
Dans ces zones, on les retrouve surtout dans les jardins à l’arrière
des maisons, les parties boisées ou en friche et les terrains
vagues (Saunders et al., 1997).
Pour leurs déplacements, les renards utilisent volontiers les routes
et les voies ferrées, ainsi que les cours d’eau, qu’ils
longent jusqu’à un nouveau site d’activité.
Pour leurs repos diurnes, ils occupent rarement de véritables terriers,
mais plutôt des zones de couvert, des taillis épais ou des
zones cultivées, comme les renards ruraux (Saunders et al., 1997).
Mais il existe une grande variabilité de l’utilisation de
l’espace urbain par les renards. On peut expressément parler
de « Renard urbain » dans la plupart des grandes agglomérations
Britanniques, à Genève (Fisher, communication personnelle)
ou à Zurich par exemple, car les renards vivent dans une très
forte proximité avec l’Homme. Il existe par contre des villes
où le Renard vient profiter des ressources présentes mais
tout en privilégiant les zones peu habitées (friches, terrains
vagues, zones boisées), comme à Toronto (Adkins & Stott,
1998). On préfèrera alors le terme de Renard suburbain. Enfin
la situation intermédiaire a été décrite par
Debuf (1987) en région parisienne, où les zones fréquentées
comportaient à la fois des quartiers résidentiels, des
friches, des vergers et des terrains vagues.
Mais dans l’ensemble, on constate que le Renard urbain privilégie
les zones calmes et abritées, non seulement pour leur tranquillité mais
aussi probablement pour les ressources qu’elles offrent (Guitton,
2003).
La première expérience de suivi télémétrique
de renards urbains en France, est présentée dans l’étude
Guitton (2003). Suite au recueil de témoignages d’observations
de renards par la population nantaise, un travail de recoupement avec l’analyse
du paysage a été effectué, afin de déterminer
les facteurs paraissant influer sur la présence ou non du Renard
dans certains secteurs (ENFA : Analyse Factorielle de la Niche Ecologique
; Hirzel et al., 2002, cités par Guitton, 2003). Il semble que,
dans la ville de Nantes, cette espèce privilégie les zones
proches des cours d’eau et des massifs d’arbre, à faible
densité humaine, loin des bâtiments. Mais les deux renards
suivis ont tout de même plusieurs fois fréquenté des
jardins privés. Par contre, la quantité de surface d’herbe,
les voies ferrées et les grands boulevards ne paraissent pas avoir
d’influence. Ces résultats peuvent alors être utilisés
pour réaliser des cartes d’habitat potentiel ou plutôt
de probabilité de rencontre avec l’Homme, à l’échelle
de la ville entière. Les conclusions de cette étude classent
plus les renards nantais dans la catégorie des suburbains que de
véritables urbains tels que ceux rencontrés en Grande-Bretagne.
2.2 Domaine vital et
vie sociale
Le domaine vital est le territoire habituellement fréquenté par
un animal, et sur lequel il pratique toutes ses activités quotidiennes.
Sa détermination nécessite de repérer sur une carte
tous les lieux qu’un individu fréquente pendant un certain
laps de temps. On calcule alors la surface représentée par
l’ensemble des points. Au-delà d’un certain nombre de
localisations, cette surface atteint un plateau, on peut alors considérer
que le territoire a été entièrement élucidé.
Afin de pointer les différents lieux visités, il faut équiper
l’animal d’un collier émetteur. Celui-ci émet
un signal régulier à une fréquence précise.
Les récepteurs utilisés indiquent la direction d’où provient
le signal. En se plaçant à trois endroits différents
puis en réalisant une triangulation, on détermine le lieu
où se trouve l’animal. Certains émetteurs permettent également
de savoir si l’animal est actif ou au repos, par changement du rythme
d’émission.
La méthode la plus fréquemment utilisée pour déterminer
un domaine vital à partir des localisations d’un individu
est la méthode du Polygone Convexe Minimum (MCP). Elle consiste à tracer
le plus petit polygone à angles convexes englobant tous les points.
On réalise parfois le MCP à 5 % : il s’agit d’exclure
5 % des points correspondant aux points les plus extérieurs au polygone
et représentant plus vraisemblablement des explorations ponctuelles
que de véritables zones d’activité habituelles.
La surface du domaine
vital est fonction du milieu de vie du Renard, et notamment de la disponibilité alimentaire (Meia, 2003). En zone
rurale, elle oscille en général entre un et deux km²,
alors que dans les zones résidentielles de villes de Grande-Bretagne,
elle est de l’ordre de 0,2 à 0,5 km² (White et al., 1996).
Harris et Baker (2001) mentionnent même un Renard concentrant toute
son activité sur seulement 0,09 km², dans la ville de Bristol.
La surface moyenne des domaines vitaux déterminée par Guitton
(2003) à Nantes, était de 0,56 km2, soit une densité d’au
moins 4,6 individus au km².
Toutes les données bibliographiques concordent ainsi à dire
que les densités de population sont plus élevées et
les surfaces des domaines vitaux plus réduites en ville qu’à la
campagne. Mais il existe aussi des variations d’une ville à l’autre,
voire d’un quartier à l’autre d’une même
ville et aussi selon l’âge et le sexe de l’animal étudié.
De même au fil des saisons, l’utilisation des ressources et
les zones exploitées varient (Kolb, 1985).
D’autres facteurs peuvent également influencer la taille des
domaines vitaux. Par exemple, une diminution de densité de population
dans la ville de Bristol, due à une épidémie de Gale
sarcoptique, a permis l’extension des domaines vitaux de l’ordre
de 600 % par simple acquisition de l’espace laissé libre (Baker
et al., 2000 ; Harris & Baker, 2001).
Chez le Renard, le
domaine vital correspond au territoire. En ce sens il le défend contre tout individu de la même espèce
en le marquant et en chassant les intrus. Mais il ne s’agit pas d’une
territorialité stricte et il arrive qu’une même zone
soit fréquentée par plusieurs individus, surtout si elle
compte suffisamment de ressources (Meia, 2003).
L’organisation sociale des renards en milieu urbain diffère
en effet de ce que l’on constate habituellement en milieu rural.
Ordinairement, un même espace est partagé par un couple d’adultes
et leur progéniture de l’année. Aucun intrus n’est
toléré sur ce territoire, sauf parfois une jeune femelle.
Il arrive même, lorsque les ressources sont faibles, que le Renard
vive en solitaire (Artois & Le Gall, 1988).
Or en zone urbaine, on assiste à l’organisation de véritables
groupes, comprenant un couple dominant et un certain nombre de femelles,
souvent apparentées, et parfois un autre mâle (Macdonald,
1979 ; Page, 1981 ; Harris & Smith, 1987). Guitton (2003) a fréquemment
observé des renards différents sur les mêmes zones
que les renards qu’il suivait. Ceci contribue à des densités
de population supérieures à celles observées en milieu
rural. Les relations au sein du groupe sont de type hiérarchisées
mais « amicales » (Doncaster & Macdonald, 1997), et chaque
individu vit de toutes façons plutôt en solitaire. La taille
de ces groupes est assez variable de 4,4 individus en moyenne à Oxford
(Macdonald, 1982) à 6,6 à Bristol (Baker et al., 1998).
La formation de ces groupes semble s’expliquer par l’importance
des ressources disponibles, le couple dominant ayant plus à perdre à défendre
strictement son territoire qu’à tolérer des individus
qui dans tous les cas, ne les privent pas de nourriture. Les éventuels
avantages retirés de la vie en groupe (défense du territoire,
aide des autres femelles ou coopération pour la chasse) apparaissent
comme des facteurs secondaires, contrairement aux autres espèces
sociales pour lesquelles ces critères sont importants. C’est
pourquoi ce mode de fonctionnement est plutôt désigné par
le terme de « groupes spatiaux » que celui de « groupes
sociaux ».
En milieu urbain, il existe aussi une part non négligeable des renards adultes (jusqu’à 15 %) qui ne vit pas sur un territoire propre, mais utilise les espaces libres entre les domaines des groupes « installés » (Harris & Baker, 2001).
2.3
Activité
L’activité du Renard est essentiellement nocturne, entrecoupée
de période de repos sur place. Elle consiste principalement en la
recherche de nourriture et, en période de reproduction, à celle
d’un partenaire.
La période active commence généralement 30 minutes
après le coucher du soleil et se termine 15 minutes avant le lever
du jour (Doncaster & Macdonald, 1997).
En milieu urbain les périodes de repos nocturnes sont plus longues
(Woollard & Harris, 1990), par conséquent la durée d’activité est
assez faible : 6h50 par jour en moyenne contre 8h30 en milieu rural, quelle
que soit la saison (Doncaster & Macdonald, 1997). Cela est probablement
dû à la plus grande richesse du milieu urbain, qui doit permettre
en un temps plus court d’obtenir la quantité de nourriture
nécessaire. Les périodes d’inactivité nocturnes
sont plus fréquentes en hiver, où les nuits sont plus longues
(Doncaster & Macdonald, 1997).
A l’aube, le Renard peut se constituer un gîte sur le site
même où il se trouvait ou rejoindre un site de repos.
En général, le Renard parcourre la moitié de son territoire
en une nuit, soit environ quatre kilomètres de trajet (Doncaster & Macdonald,
1997 ; Adkins & Stott, 1998). Ces valeurs peuvent être nettement
augmentées pour les mâles, pendant la période du rut
par exemple, ou diminuées pour les femelles pendant l’allaitement
des petits (Saunders et al., 1997 ; Doncaster & Macdonald, 1997).
Enfin, il semble que les individus d’un même groupe suivent
le même trajet, de façon décalée dans le temps
(Doncaster & Macdonald, 1997).
2.4 Régime alimentaire
2.4.1 Techniques d’analyse
Il existe trois méthodes de détermination du régime
alimentaire d’un animal. La première, consistant en l’observation
directe du comportement alimentaire, est difficile à appliquer,
surtout concernant le Renard roux, dont l’activité est très
discrète et essentiellement nocturne. C’est pourquoi on se
tourne plus souvent vers l’analyse de contenus stomacaux, ou l’examen
des fèces. Le principe de l’une ou l’autre technique
est d’identifier les restes alimentaires reconnaissables (ou items)
dans les prélèvements après lavage et séchage
en étuve.
On identifie les animaux ingérés aux restes de poils (observés
en coupes et comparés à des catalogues de références)
(Debrot et al., 1982), de squelettes, de plumes ou de cuticules observables
dans le prélèvement analysé. De même les végétaux
sont identifiés par comparaison à une collection de référence.
Les soies de vers de terre peuvent être mises en évidence
par coloration avec une solution d’acide picrique (Stahl, 1982).
L’analyse des contenus stomacaux permet plus d’aisance et d’assurance que l’examen des fèces et apporte souvent plus d’informations (structure d’âge et de sexe de l’échantillon observé). Mais l’autre technique présente l’avantage de ne pas nécessiter de mortalité dans la population observée, ce qui permet de suivre des effectifs réduits avec une continuité annuelle des résultats (Richomme, 2002).
2.4.2 Modes
d’expression des résultats
On peut exprimer en pourcentage le nombre de fois où un item est
identifié sur le nombre total de prélèvements, ce
résultat est appelé fréquence d’occurrence (FO).
La fréquence d’occurrence relative (FOR) est aussi parfois
utilisée : il s’agit du rapport du nombre d’apparitions
d’un item sur le nombre total d’apparitions d’items
(Richomme, 2002).
Ces données sont une bonne source d’information car elles
offrent le spectre de tous les aliments consommés par l’espèce étudiée
(Stahl, 1982) mais elles ne sont pas le reflet de l’importance énergétique
de chaque item (Artois et al., 1987).
On essaie parfois de quantifier ces données en exprimant la masse
ou le volume de matière sèche récoltée pour
chaque proie par rapport à la masse totale de matière sèche
analysée.
Des coefficients correcteurs permettent de calculer le poids vif d’un
item ingéré en fonction de la masse de matière sèche
de l’item identifié dans les fèces (Artois et al.,1987).
Une autre approche quantitative consiste en la réalisation d’une échelle
d’abondance : on attribue un score de un à cinq à chaque
item en fonction de la quantité de restes identifiés dans
chaque prélèvement (Harris, 1981b).
2.4.3 Données
existantes
Si le phénomène « Renard urbain » est de plus
en plus connu, il existe assez peu de données sur le régime
alimentaire de ces animaux.
La dernière publication française en date est le travail
de Richomme (2002) concernant le régime alimentaire de renards urbains
dans la ville de Nantes. Elle présente des résultats portant
sur l’analyse de 90 fèces de renards récoltées
sur un an.
D’une façon globale elle montre une part prédominante
des Mammifères et parmi eux des lapins (FOR = 17,4 %). Mais les
micromammifères (Microtus sp. notamment) sont également bien
représentés (FOR = 14,5 %). Il est constaté plus rarement
la consommation de rats (surmulots), ragondins, et une seule fois de Soricidés.
Les fruits sont également fréquemment rencontrés (FOR
= 25,4 %), mais significativement plus au printemps-été qu’en
automne-hiver.
Il est noté également un fréquence élevée
de végétaux, surtout de feuilles de graminées, (FO
= 52 %). Ces aliments doivent être consommés soit accidentellement
soit à des fins purgatives, comme le font de nombreux Carnivores.
Les Oiseaux représentent également une part non négligeable
et ce, tout au long de l’année (FOR = 16,7 %).
Par contre, la consommation de Poissons et Reptiles demeure anecdotique.
Celle de vers de terre n’a pas été démontrée,
contrairement à la plupart des publications antérieures,
ce qui semble plutôt provenir d’un défaut d’échantillonnage
que d’une réelle absence dans le régime alimentaire
des renards nantais.
Enfin, sont signalés divers déchets provenant probablement
des ordures ménagères (plastiques, cuir, polystyrène …),
ainsi que la consommation de croquettes pour carnivores domestiques.
Ces résultats vont dans le même sens que la plupart des publications
antérieures sur le sujet, que ce soit en Grande Bretagne (Harris,
1981b ; Doncaster et al., 1990 ; Saunders et al., 1997), en Australie (Brunner
et al., 1991) ou même en France (Brosset, 1975 ; Lodé, 1991
; Lechat, 1994), car ils décrivent un comportement alimentaire généraliste,
permettant d’utiliser les ressources disponibles de façon
opportuniste, tout comme le Renard rural. Le régime alimentaire
du Renard des villes est donc très diversifié, en corrélation
avec la variété des ressources disponibles dans ce milieu
particulier (espaces verts, jardins, poubelles, cours d’eau…).
Il faut tout de même noter une plus faible part des aliments d’origine
anthropique chez les renards urbains nantais que chez leurs cousins britanniques.
3.
Renard urbain et échinococcose ?
La présence des renards en milieu urbain a des conséquences
importantes sur la gestion des populations, le contrôle et la prévention
des zoonoses. Cela peut aussi influencer le comportement de l’Homme
vis à vis de la faune sauvage vivant en milieu urbain (Bontadina
et al., 2001).
Le problème d’un cycle urbain de E. multilocularis a été récemment
soulevé dans la ville de Zurich (Hofer et al., 2000). Dans cette étude,
la prévalence du parasite chez les renards urbains a été évaluée à 44,3
% et jusqu’à 66,7 % pour les renards des banlieues.
Une étude complémentaire (Stieger et al., 2002) a montré que
25,8 % des 604 fèces récoltées dans la ville étaient
positifs lors de recherche de copro-antigènes. Selon les zones et
les saisons, ces proportions atteignent 45,2 %. Chez les Rongeurs, Stieger
et al., (2002) ont montré des prévalences de 9,1 % pour A.
terrestris (4,3 % à 20,9 %) et 2,4 % pour C. glareolus, sans variation
saisonnière.
Mais la répartition des fèces et des Rongeurs contaminés
est à large prédominance périurbaine. La petite taille
des territoires vitaux des renards urbains laisserait penser que les populations
urbaines sont moins à risque que celles de la périphérie.
Or la périphérie de la ville est le principal cadre des activités
de loisir des habitants de la zone urbaine, ce qui fait de cette surface
une aire particulièrement à risque pour l’Homme.
A Sapporo, la recherche de copro-antigènes sur des fèces récoltées principalement en périphérie de la ville s’est de même révélée positive sur 21 % des 155 échantillons. Des autopsies, réalisées sur un nombre restreint de rongeurs (23), n’ont par contre pas mis en évidence le parasite (Tsudaka et al., 2000).
Ainsi, l’augmentation de la densité de renards dans les villes
et la prévalence du parasite en certains endroits pourraient laisser
penser qu’une plus grande partie de la population est exposée à un
plus haut risque de contamination (Stieger et al., 2002). Ceci doit être
nuancé par l’absence de corrélation démontrée
entre la présence, même forte, d’E. multilocularis dans
l’environnement et son incidence chez l’Homme (Gottstein et
al., 2001). Par ailleurs, la plupart des données obtenues semblent
démontrer qu’un cycle urbain du parasite est parfois réalisé.
Ceci montre encore une fois l’évidence d’un risque potentiel
de contamination pour l’Homme mais également pour les carnivores
domestiques qui pourraient contracter le parasite par la consommation de
Rongeurs infestés. Ces animaux deviendraient alors une éventuelle
source parasitaire supplémentaire pour l’Homme (Deplazes & Eckert,
2001).
Bien que le parasite ait déjà été identifié chez
le Chat en zone urbaine (Prost, 1988), et que la présence du Renard
dans Paris, Lyon et plusieurs agglomérations appartenant à la
zone d’endémie est indéniable, le phénomène
reste encore peu étudié en France (Giraudoux et al., 2001).
Mais l’échinococcose alvéolaire n’est pas le seul problème sanitaire concernant le phénomène «renard urbain» : la Gale sarcoptique a fait dernièrement des ravages dans les populations de Suisse de l’ouest (Claude Fisher, communication personnelle ; Meia, 2003) et de Haute-Savoie, et en cas de retour de la Rage, une meilleure connaissance des populations vulpines urbaines ne serait pas inutile. Par ailleurs, d’autres Helminthes parasites du tube digestif des renards comportent un risque zoonotique important, c’est le cas de Toxocara canis dont le Renard peut également être l’hôte. La prévalence coproscopique de ce parasite, dont la larve est responsable d’une larva migrans de gravité variable chez l’Homme, a été évaluée à 59 % (Lechat, 1999) puis 32 % (Richomme, 2002) dans la ville de Nantes.
L’échinococcose alvéolaire est donc une maladie rare
mais grave dont l’épidémiologie comporte encore bien
des éléments méconnus pour permettre une prévention
efficace. Par ailleurs nous possédons peu de données sur
le mode de vie des renards urbains en France et leur implication possible
dans la transmission d’Echinococcus multilocularis. C’est pour
acquérir des informations supplémentaires sur ce sujet que
l’Entente interdépartementale de lutte contre la Rage et autres
Zoonoses a choisi de commencer un programme d’étude en milieu
urbain, avec pour premier site l’agglomération d’Annemasse.
ETUDE EPIDEMIOLOGIQUE DE L’ECHINOCOCCOSE ALVEOLAIRE
DANS L’AGGLOMERATION
D’ANNEMASSE
A- CADRE ET OBJECTIFS
A -1 Contexte
L’Entente interdépartementale de lutte contre la Rage et autres
Zoonoses ou Entente Rage et Zoonoses (ERZ) est un établissement public
de coopération interdépartementale. Créée en 1973,
elle compte aujourd’hui 36 départements adhérents, appartenant à la
partie Est de la France. C’est un organisme de travail de terrain, financé par
les Conseils Généraux adhérents ainsi que le Ministère
de l’Agriculture, de l’Alimentation, de la Pêche et des Affaires
Rurales. Son siège se situe dans les locaux du LERRPAS (Laboratoire
d’Etude et de Recherche sur la Rage et la Pathologie des Animaux Sauvages)
de l’AFSSA-Nancy (Agence Française de Sécurité Sanitaire
des Aliments).
Le travail de l’ERZ concerne principalement les zoonoses transmises par
la faune sauvage, et consiste en la mise au point, le test, et la mise en œuvre
de nouvelles méthodes de prophylaxie, l’information du public
et la réalisation d’études épidémiologiques.
Pour mener à bien ces différentes missions, l’ERZ collabore
fréquemment avec des équipes de chercheurs, notamment l’AFSSA-Nancy
et l’Université de Franche-Comté.
L’ERZ s’investit aussi dans un programme de suivi des populations
de renards et dans l’étude des moyens de régulation de
certaines populations animales à risque, dans le but de limiter la propagation
de zoonoses.
Actuellement, l’ERZ mène plusieurs programmes d’étude
concernant trois zoonoses : la Rage, la Fièvre Hémorragique à Syndrome
Rénal et l’échinococcose alvéolaire, programme devenu
prioritaire sur les précédents.
Concernant
l’échinococcose alvéolaire, l’étude à laquelle
nous avons collaboré correspond au troisième volet d’un
travail de longue haleine :
Depuis 1998, un projet de cartographie de la présence du parasite
sur le territoire français est conduit, en collaboration avec l’AFSSA-Nancy
et l’Université de Franche-Comté. Il devrait permettre
de tester la concordance entre la prévalence du parasite chez le
Renard roux et l’importance de la couverture prairiale du paysage.
L’ERZ coordonne la récolte de prélèvements dans
les départements adhérents, avec l’aide des Fédérations
de chasseurs, des lieutenants de louveterie, des piégeurs et de
l’ONCFS (Office National de la Chasse et de la Faune Sauvage), et
s’efforce d’étendre la zone d’étude à de
nouveaux départements par un important travail de communication.
Les échantillons sont en cours d’analyse et les résultats
finaux devraient être obtenus d’ici fin 2003. Mais les résultats
préliminaires paraissent en faveur d’une extension de la zone
présumée de présence du parasite par rapport aux connaissances
actuelles sur le territoire français.
Une étude, menée en 2002 par Gottscheck, consistait en la
recherche et la proposition de moyens de contrôle du parasite sur
le terrain. Trois éléments principaux sont à en tirer
: la relation entre la maladie humaine et la présence de prairies à forte
densité de campagnols, la concordance entre la prévalence
de E. multilocularis chez le Renard et les pullulations de campagnols,
et le problème posé par l’invasion des renards en milieu
urbain. Selon cette étude, une action dans le but d’une limitation
du risque de contamination de l’Homme, ne peut être efficace
que si elle porte à la fois sur la gestion des populations de campagnols
et la limitation de la prévalence chez le Renard. Ce dernier point
pourrait impliquer la mise en place de programmes de vermifugation.
Le dernier programme prévu pour 2003 à 2007 porte sur l’épidémiologie
de l’échinococcose alvéolaire en milieu urbain. C’est
dans ce cadre que nous avons participé au démarrage de l’étude
de l’épidémiologie de l’échinococcose
alvéolaire dans l’agglomération d’Annemasse,
en Haute-Savoie. Des villes du Doubs et du Cantal ainsi que du Val d’Oise
devraient être l’objet d’études similaires par
la suite.
A -2 Objectifs
L’étude que nous avons débutée avec l’ERZ
s’inscrivait complètement dans l’objectif principal
de cette structure qui est la protection de l’Homme vis à vis
des zoonoses et notamment l’échinococcose alvéolaire.
Son but était d’estimer l’impact de la présence
du Renard en ville sur le risque de contamination humaine afin d’envisager
des méthodes de contrôle adaptées à ce milieu
particulier.
La résolution de cette problématique passait par la recherche
de réponses à plusieurs questions complémentaires
:
Y a-t-il des renards dans l’agglomération ? Pour y répondre,
une enquête était nécessaire à la détermination
de la présence ou de l’absence de ces nouveaux citadins.
Ces renards sont-ils porteurs d’E. multilocularis ? Impliquait la
récolte de prélèvements permettant d’évaluer
la prévalence de E. multilocularis chez ces renards.
Si oui, où se contaminent-ils ? Cette question ne se résolvait
qu’en élucidant deux nouveaux points :
Quelles sont leurs zones d’activité ? La recherche de réponses à cette
question nécessitait l’étude des territoires vitaux
de ces renards, permettant éventuellement de définir certaines
zones à risque dans l’agglomération mais aussi d’objectiver
les éventuels échanges entre les populations urbaines et
rurales de renards.
Les Rongeurs présents dans la ville peuvent-ils être
une source de contamination ? Il était nécessaire d’identifier
ces Rongeurs afin de savoir s’ils étaient des hôtes
potentiels du parasite puis de déterminer la prévalence de
l’échinococcose alvéolaire chez ceux qui l’étaient.
Il fallait par ailleurs s’assurer que le Renard urbain consommait
ces Rongeurs de façon régulière par l’étude
de son régime alimentaire.
Les réponses obtenues à toutes ces questions devaient permettre de savoir s’il existait un véritable cycle urbain de E. multilocularis ou si la source de contamination du Renard se situait hors de la ville. Elles permettaient également de cibler les éventuelles zones à risque de l’agglomération, aux niveaux desquelles les mesures de prophylaxie devaient être accentuées.
Notre travail
a consisté à participer à la mise au
point de cette étude. Nous avons recherché et commencé l’application
de certaines méthodes permettant de répondre au diverses
questions soulevées par la problématique. Notre objectif était
donc d’explorer toutes les techniques pouvant apporter des informations
sur l’épidémiologie du parasite en milieu urbain.
Ainsi, les paragraphes suivants présentent tous les axes de recherche
entrepris, certains résultats préliminaires, et une proposition
de protocole découlant des observations faites durant ces huit mois
de mise en place.