MATERIEL
ET METHODES
|
D’abord cette agglomération se situe en pleine zone d’endémie
de l’échinococcose alvéolaire. En effet la Haute-Savoie
est le premier département français où fut mis en évidence
le portage du parasite par le Renard (Euzéby, 1971), et fut par
la suite le cadre de nombreuses études épidémiologiques
concernant les hôtes intermédiaires et définitifs (Contat,
1984 ; Rosselot, 1985 ; Prost, 1988 ; Petavy et al., 1990). Par ailleurs,
c’est à Annemasse que fut découvert le premier Chat
naturellement infesté par E. multilocularis (Prost, 1988). L’épidémiologie
urbaine du parasite semblait donc intéressante à étudier
dans cette ville.
De plus, la certitude d’être en zone d’endémie
et la latitude suffisamment élevée de cette ville, nous permettait
de limiter de manière conséquente le risque de faux positifs,
lors de la recherche de copro-antigènes, par l’absence de
E. granulosus (Petavy, communication personnelle, décembre 2002).
D’autre part cette agglomération se situe en continuité avec celle de Genève en Suisse. Ces deux zones de part et d’autre de la frontière constituent en fait un vaste ensemble urbain. Or le phénomène « Renard urbain » est bien connu et étudié dans l’agglomération genevoise (Fisher communication personnelle, janvier 2003). Il y avait donc fort à penser qu’il était également présent de ce côté-ci de la frontière d’autant plus que les renards urbains occupent de façon privilégiée les villes à forte proportion de zones résidentielles comme c’est le cas à Annemasse.
Comme
le problème de l’échinococcose alvéolaire était également étudié à Genève
(Reperant, thèse en cours), on pouvait considérer que nos études
conjointes pourraient constituer un ensemble cohérent sur ce phénomène.
Compte tenu de cet intérêt scientifique, c’est très
spontanément que Claude Fischer, biologiste de l’université de
Lausanne, travaillant sur l’agglomération genevoise, nous
a proposé son aide pour le lancement de notre étude, ce qui
n’a pu que renforcer notre préférence pour la ville
d’Annemasse comme premier terrain d’étude.
Enfin il s’agit d’une agglomération de taille raisonnable, bien adaptée à la mise au point du programme d’étude avant de se lancer sur d’autres zones urbaines.
Pour finir, nos origines savoyardes ont également contribué au choix d’une agglomération située dans un département voisin.
1.2
Descriptif de l’agglomération
La communauté de communes de l’agglomération d’Annemasse
(2C2A) est un ensemble urbain formé de six communes, longeant la
frontière Suisse (Figure 2).
![]() |
Figure
2 : Représentation schématique du site d’étude
(hachures : parcs).
Au centre se situe la ville d’Annemasse proprement dite, qui constitue
la zone la plus urbanisée de l’agglomération. Une seule
zone de plus faible densité humaine est remarquable : le quartier
des Monthouses et du Brouaz, où se situent notamment les serres
municipales et une pisciculture.
Au nord d’Annemasse on trouve Ambilly et Ville-la-Grand limitées
par la frontière avec la Suisse, qui longe un cours d’eau
appelé Foron. Ambilly est une commune très urbanisée
avec de nombreux lotissements, maisons avec jardinets etc. La commune de
Ville-la-Grand s’étend sur un plus vaste territoire, et est
donc de structure plus variée : une partie plus rurale comprenant
de petits villages (notamment Crêt), des vignes, des champs, des
bois et de nombreux parcs pour promeneurs de type « parcours santé ».
Une importante zone artisanale couvre la partie sud, tandis que le centre
est bien urbanisé.
La ville de Gaillard se situe à l’ouest, comprise entre l’Arve
et la frontière. Les bords d’Arve sont essentiellement occupés
par d’importantes cultures maraîchères et une zone commerciale
(La Châtelaine), longés par un sentier de promenade et un
parcours santé. La partie habitée de la ville est de type
résidentiel, constituée d’immeubles ou de demeures
avec de vastes jardins.
Au sud de l’Arve et contre les pentes du Salève, la commune
d’Etrembière offre un profil principalement rural.
Enfin, au sud d’Annemasse, la commune de Vetraz-Monthoux est formée
de multiples hameaux séparés par de vastes prairies et cultures
ainsi que des bois. La plupart des habitations sont des maisons entourées
de grands jardins en contact direct avec les prairies environnantes.
La
barrière naturelle constituée par l’Arve, additionnée
au passage de l’Autoroute Blanche, forme une séparation assez
marquée entre la commune d’Etrembière et le reste de
l’agglomération. Par ailleurs, il s’agit de la commune
ayant l’aspect le moins urbain de l’agglomération. C’est
pourquoi elle a été exclue de notre terrain d’étude,
considérant qu’il nous fallait travailler sur une zone relativement
cohérente.
Par contre, nos travaux se sont naturellement étendus sur les communes
de Juvigny et Cranves-Sales, adjacentes à l’est de l’agglomération,
compte tenu de la continuité (géographique et structurelle)
entre leurs territoires et ceux initialement visés.
2.
Préparation de l’étude
Trois des quatre personnes travaillant à l’ERZ ont participé au
travail de terrain avec nous : le directeur, monsieur Benoît Combes,
notre maître de stage ; la chargée de mission pour l’étude,
mademoiselle Déborah Gottscheck, la technicienne, mademoiselle Stéphanie
Favier.
Nous étions généralement rejointe sur le terrain par
l’une de ces trois personnes. L’équipe de deux ainsi
formée était présente sur le site durant cinq
jours et quatre nuits.
Le technicien Frantz Catarelli nous a apporté son soutien logistique
et technique lors de nos passages sur le site de l’ERZ à Nancy.
2.1
Choix et achat du matériel
2.1.1 Supports cartographiques
Pour le travail de prospection, le repérage de fèces récoltées,
et le suivi télémétrique des renards, nous avons
choisi de travailler sur les cartes IGN au 1:25000.
Elles permettaient d’avoir, sur une vue assez proche, les indications
de relief, de couvert végétal et de bâtit que l’on
ne trouve pas sur les plans de l’agglomération au 1:10000.
Dans le but d’affiner notre vision du site, nous avons également commandé deux photos aériennes en couleur à la même échelle.
Pour le repérage des coordonnées géographiques et le traitement cartographique des données, l’ERZ s’est dotée du CD-Rom Carto-Explorer® Haute-Savoie Ouest, ainsi que d’un logiciel informatique, ArcView®.
2.1.2
Matériel de radio-tracking
Après avoir consulté les différentes personnes expérimentées
dans le domaine de la télémétrie, notre choix s’est
porté sur le matériel suivant :
- Quinze colliers émetteurs pour Renards adultes, avec indicateur d’activité : lorsque l’animal est au repos, il émet un « BIP » régulier, toutes les secondes, mais lorsqu’il est en mouvement, le rythme s’accélère. La longévité de leur batterie va jusqu’à deux ans et demie.
![]() |
Figure 3 : un des colliers émetteurs utilisés.
-
Une antenne omnidirectionnelle. D’une longueur de 1,40m, elle peut
se fixer au toit d’une voiture par sa base magnétique. Elle
permet de détecter un signal dans un large rayon quelle que soit
sa direction de provenance. Elle est utilisée pour l’approche
d’un site, afin de s’assurer de la présence de l’animal
recherché dans la zone.
-
Une antenne unidirectionnelle. Elle est composée d’une barre
centrale de 1,12m de longueur, et de quatre éléments perpendiculaires
repliables. Elle se manipule à la main et permet de détecter
le signal lorsqu’elle est alignée avec sa direction d’origine.
-
Un récepteur. Il possède une antenne intégrée
escamotable, utile à proximité de l’animal car peu
encombrante, mais on peut également y brancher des antennes de plus
grande portée. Il y a un bouton de réglage pour spécifier
de la fréquence recherchée. Il émet un son au même
rythme que le signal qu’il reçoit, avec une intensité proportionnelle à la
qualité de réception. On peut régler la tonalité de
ce son ainsi que le volume, afin de préciser la recherche. Pour
plus de discrétion une prise pour casque audio est prévue.
Un système de diodes permet également d’évaluer
la fréquence et l’intensité du signal.
2.1.3
Matériel de piégeage et d’équipement
des renards
Pour le piégeage, l’ERZ a fait l’acquisition de 20 collets à arrêtoir
et trois cage-pièges : deux à une porte et une grande à deux
portes.
2.2
Campagne d’information des principaux acteurs locaux
Lorsque le projet s’est dessiné sur l’agglomération
d’Annemasse, l’ERZ a préparé une campagne d’information à l’adresse
des différents secteurs concernés par l’étude.
2.2.1
Réunion d’information
Une réunion s’est tenue au siège de la Fédération
Départementale de Chasseurs de Haute-Savoie, à Villy-le-Peloux
le 24 Février 2003. Elle fut animée par Mr Vionnet, Conseiller
Général de Haute-Savoie et Secrétaire de l’ERZ,
Mr Combes, Melle Gottscheck et nous-même. Le Professeur Petavy, et
Claude Fischer étaient également présents et nous
ont aidé à répondre aux éventuelles questions.
Etaient invités des représentants : de la Préfecture,
de la Direction des Services Vétérinaire, du Laboratoire
Vétérinaire Départemental (LIDAL), de la Direction
Départementale de l’Agriculture et de la Forêt, de l’ONCFS,
de la Fédération Départementale des Chasseurs, de
l’Association des Lieutenants de Louveterie, de l’Association
des Piégeurs, des Associations de chasseurs (ACCA) des communes
concernées, de l’Association des garde-chasse particuliers,
de la communauté de communes de l’agglomération d’Annemasse
(2C2A), et des mairies de chaque commune.
2.2.2 Lettres d’information
Un compte-rendu de la
réunion du 24 Février a par la suite été envoyé à chacun
des invités. Une proposition d’article pour les bulletins
d’information a aussi fait l’objet d’un courrier aux
différentes mairies et associations. Ceci a permis d’aboutir à sa
publication dans le bulletin municipal de la ville de Gaillard.
Un courrier, accompagnant le compte-rendu a également été adressé aux
services de Police et de Gendarmerie, décrivant nos activités
futures, et précisant les numéros d’immatriculation
des véhicules utilisés, afin d’éviter tout
malentendu.
Par la suite, l’ERZ a fait circuler régulièrement des notes de synthèse sur l’état d’avancée de nos travaux aux différents acteurs, afin de conserver leur attention sur le sujet et sur nos besoins d’aide sur place.
2.3
Prospection
La prospection devait servir à déterminer les zones propices à l’étude
des renards et des Rongeurs, ainsi qu’à établir des
circuits de récolte des fèces destinées à la
recherche de copro-antigènes et des sites de piégeage.
Elle s’est déroulée du 10 février 2003 au 28 mars 2003 et comportait plusieurs aspects. L’exploration de l’agglomération s’est voulue la plus exhaustive possible, mais il est vrai qu’elle a été parfois orientée par l’aspect particulièrement favorable de certains sites sur les clichés aériens de l’agglomération, et les cartes au 1:25000 dont nous disposions.
Ces différentes démarches représentent, tout cumulé,
un mois de travail. Elles nous ont permis de récolter une trentaine
de fèces, et de mettre à jour des zones de gîte ou
de passage du Renard, parfois au cœur même de l’agglomération.
Ces zones de présence probable des renards urbains ont été choisies
par la suite comme sites de nos différentes investigations.
3.
Etude de l’hôte définitif
3.1 Etude comportementale des renards urbains
3.1.1 Recherche d’indices de présence
Cette partie de l’étude avait pour but de répondre à la
question « Y a-t-il des renards dans l’agglomération
? », mais apportait également des éléments d’information
sur les zones d’activité des renards urbains.
3.1.1.1
Collecte de fèces de renards dans l’agglomération
3.1.1.1.1 Déroulement
Les fèces de Renard ont été récoltées
pendant la période de prospection puis au cours de la visite régulière
de zones connues pour être fréquentées par des renards,
d’après les témoignages recueillis, les résultats
de la prospection (découverte de terriers ou de coulées)
ou le suivi télémétrique. Elle s’est donc étendue
du 14 février au 21 juin 2003.
Contrairement à Richomme (2002), nous n’avons pas choisi de
circuit de ramassage fixe. Notre optique était en effet différente
: nous recherchions, certes, un échantillon le plus grand possible,
mais nous désirions également qu’il recouvre une grande
partie de l’agglomération, afin qu’il soit représentatif
des différents types d’habitat présents dans l’agglomération.
Aussi nous sommes nous efforcés de toujours rechercher de nouveaux
sites susceptibles d’abriter des fèces de renards.
Pour le ramassage, de strictes précautions étaient employées,
selon un protocole prévu par l’ERZ (Figure 4). Le ramasseur
revêtait un masque et une paire de gants en plastique, la crotte était
ensuite poussée dans un flacon à l’aide d’un
bâtonnet de bois. Une fois le flacon refermé, il restait pris,
ainsi que le bâtonnet et le premier gant, dans le deuxième
gant, retourné sur l’ensemble. Le tout était ensuite
contenu dans un sac à fermeture hermétique.
![]() |
Figure 4 : protocole de ramassage des fèces. Source
: Catarelli F., ERZ.
Tous les prélèvements récoltés étaient
placés au congélateur à –80°C pendant une
semaine avant d’être utilisés pour la recherche de copro-antigènes
où l’étude du régime alimentaire.
3.1.1.1.2 Traitement des données
A l’aide des coordonnées géographiques, chaque excrément
pouvait être localisé avec précision. On pouvait ainsi
obtenir un graphique de la répartition du résultat de la
collecte à l’échelle de l’agglomération.
Ces données devraient être utilisables pour réaliser une interprétation des résultats obtenus suite aux différentes analyses, en fonction du niveau d’urbanisation du lieu de récolte.
D’après la date de récolte de chaque crotte, on pouvait
constituer trois lots correspondant aux trois saisons biologiques du Renard
concernées par le période de ramassage. Il s’agissait
de l’hiver, du printemps et de l’été, car chez
le Renard, on utilise généralement le calendrier indiqué par
le Tableau I.
Tableau I : découpage annuel des saisons biologiques du Renard (d’après
Claude Fisher, communication personnelle) (en gras : mois cocernés
par le rammasage de fèces dans cette étude) :
| Hiver | Printemps | Eté | Automne |
| Décembre Janvier Février |
Mars Avril Mai |
Juin Juillet Août |
Septembre Octobre Novembre |
3.1.1.2
Recherche d’autres indices de présence et de terriers
Outre les fèces, on peut trouver d’autres indices de présence
du Renard dans une zone, comme des empreintes, des marquages urinaires,
des restes de poils ou de proies.
D’après les observations faites sur la carte et les photos
aériennes ou en sillonnant l’agglomération à pied, à vélo,
en voiture ou en tournée de nuit au phare, les sites paraissant
favorables à l’installation du Renard étaient repérés.
Une fouille minutieuse était ensuite entreprise, à la recherche
d’indices et de terriers.
Généralement, le Renard se déplace rapidement, le plus souvent au trot, en empruntant toujours les mêmes chemins. Ceux-ci finissent donc par se démarquer dans l’environnement car les végétaux repoussent plus lentement lorsque le passage est régulièrement fréquenté. Ces « chemins » naturels sont appelés sentes ou coulées. Celles du Renard sont plutôt étroites (10 centimètres de largeur, différence avec le Blaireau) et basses (différence avec certains Ongulés). Lorsqu’une coulée est très marquée il y a de fortes chances pour qu’elle soit empruntée par plusieurs espèces différentes.
3.1.2 Suivi télémétrique
Le suivi télémétrique constitue le meilleur moyen
d’étude du domaine vital du Renard. Il permettait de répondre à la
question « quelles sont leurs principales zones d’activité ? ».
3.1.2.1 Piégeage des renards et pose des colliers émetteurs
Un des membres de l’équipe, Stéphanie Favier, technicienne à l’ERZ,
possédait l’agrément préfectoral pour le piégeage
de nuisibles. Mais nous avons également bénéficié de
l’aide de piégeurs locaux, pour la mise en place de nos sites
de piégeage.
3.1.2.1.1 Matériel utilisé et principe de fonctionnement
Les pièges utilisés étaient des collets à arrêtoir,
munis ou non d’un système anti-retour. Il s’agit d’un
câble en acier formant une boucle coulissante (Figure 5). Chaque
collet était identifié par une plaque métallique indiquant
le numéro d’agrément du piégeur qui l’avait
posé. L’extrémité libre du collet était
solidement fixée par un émerillon à une tige de fer
plantée dans le sol, tandis que la boucle était tendue verticalement
et transversalement à une coulée, deux largeurs de main au-dessus
du sol (afin de ne pas prendre d’autres espèces), grâce à deux
baguettes de bois.
Lorsque le Renard emprunte son passage habituel, au trot, il passe la
tête
dans la boucle, qui se resserre alors autour de son cou.
![]() Figure 5 : collet en place. |
L’arrêtoir
est placé sur le câble de façon à ce que
le périmètre de la boucle ne descende pas en dessous
de 21 centimètres, afin de retenir le Renard sans risquer de
l’étrangler. Si le collet ne possède pas de système
anti-retour, l’animal peut s’échapper en reculant,
ce qui arrive rarement car, affolé, il a plus tendance à tirer
encore plus pour essayer de se libérer. |
L’autre système de piégeage utilisé était la cage-piège (aussi appelée « cage à fauve ») (Figure 6). Il s’agit d’une cage métallique grillagée, portant en son milieu une palette tournant autour d’un axe. Il existe des cages à une seule ou deux issues. La (ou les) porte(s) de la cage est(sont) reliée(s) à la palette par un système en équilibre instable. Si on déséquilibre la palette, la (ou les) porte(s) tombe(nt). On place généralement un appât carné (pâtée pour Chat, abats …) sur la palette en équilibre. Lorsqu’un animal essaie de saisir l’appât, il fait basculer la palette, tomber la (ou les) porte(s) et se retrouve enfermé dans la cage.
![]() Figure 6 : installation d’une cage à une porte |
Ce
système est généralement moins efficace que
les collets, surtout en milieu naturel.
Mais utilisé dans un contexte où une architecture métallique n’est pas surprenante pour l’animal (près d’une clôture…), bien camouflé, avec la réalisation d’un sol le plus naturel possible à l’intérieur de la cage, et laissé longtemps à poste dans une zone régulièrement fréquentée par les renards, il peut présenter beaucoup d’intérêt. |
3.1.2.1.2
Déroulement du piégeage
Après la découverte d’une zone présentant de
nombreux indices de présence, le site était généralement
soumis à l’approbation d’un des piégeurs agréé nous
apportant son aide avant d’être définitivement choisi
pour le piégeage. Il devait rentrer dans les critères de
légalité et de sécurité officiels, et être
facile à visiter régulièrement pour contrôler
les captures, sans trop perturber les habitudes de ses occupants.
Une fiche était constituée pour chaque site de piégeage, sur le modèle représenté par le Tableau II:
Tableau II : modèle de fiche de piégeage
| Nom | Dénomination
choisie |
|
| Localisation | Adresse, coordonnées GPS | |
| Contact | Propriétaire, piégeur responsable, avec numéro de téléphone. | |
| Historique Indices |
||
| Dispositif
de piégeage Bilan |
S | Chaque semaine : Matériel en place et utilisé |
| S | Evènements particuliers | |
| S | ||
| S | ||
| S | ||
Lorsqu’un Renard était capturé et équipé sur un site de piégeage, celui-ci était abandonné, afin de concentrer les efforts de piégeage sur d’autres zones. Nous obtenions ainsi des individus vivant dans des milieux différents, ce qui procurait des informations plus variées.
3.1.2.2 Déroulement du suivi
Une fois qu’un Renard était équipé, son suivi
pouvait commencer immédiatement. Mais les perturbations induites
par le stress de la capture sur son comportement impliquaient de ne pas
tenir compte des observations éventuellement effectuées
dans les 48 heures suivant la pose du collier.
Le suivi était réalisé quatre nuits par semaine : en début de nuit (de 21h à 2h) les premier et troisième jours, et en fin de nuit (de 2h à 7h) les deuxième et quatrième jours. Chaque nuit, au moins deux renards étaient suivis en parallèle, de sorte qu’un même animal soit pointé à au moins 45 minutes d’intervalle.
Chaque Renard était également localisé une fois de jour, afin de mettre en évidence son site de repos diurne.
![]() Figure 7 : utilisation de l’antenne unidirectionnelle. |
Les alentours étaient explorés par une rotation sur soi-même
de 360°. Il fallait prendre garde, surtout en milieu urbain, aux échos
possibles pouvant perturber notre perception de l’origine réelle
du signal. Puis la direction pour laquelle le signal était le plus fort était
mesurée avec une boussole.
On choisissait ensuite deux autres points pour obtenir deux nouvelles directions formant des angles suffisants avec la première. Si le récepteur indiquait que l’animal était actif, les trois directions devaient être obtenues dans un délai le plus court possible. |
On traçait alors sur la carte les trois directions obtenues. Il devait se former un triangle le plus petit possible, au sein duquel le renard s’était trouvé, et auquel on attribuait un numéro. On notait alors l’heure moyenne de localisation, le numéro du triangle, et si le renard était actif ou non.
3.1.2.3
Traitement des données
Pour chaque Renard suivi on disposait d’un tableau présentant
chaque pointage avec son numéro dans l’ordre chronologique,
la date, l’heure, ses coordonnées, et l’indice d’activité,
et éventuellement un bref descriptif. Lorsqu’une localisation
apparaissait redondante on lui attribuait un numéro également.
On visualisait ainsi, pour chaque animal suivi, le nombre de pointages
effectués et le nombre de points différents que cela avait
permis d’identifier.
Grâce au logiciel de cartographie on représentait chacun des
points sur le fond de carte de la zone et on traçait le Polygone
Convexe Minimal reliant les points les plus extérieurs. Par la suite
on pouvait déterminer, au fur et à mesure des nouvelles localisations,
la surface du Polygone Convexe Minimal obtenu. Le tracé du graphique
représentant la surface du polygone en fonction du nombre de points,
permettait de savoir, lorsque la courbe atteignait une asymptote horizontale,
que le domaine vital avait été entièrement cerné.
3.1.3
Etude du régime alimentaire
L’approche visée par cette partie était de tenter d’évaluer
la probabilité de réalisation du cycle complet de E. multilocularis
dans l’agglomération en répondant à la question
: « consomment-ils régulièrement des hôtes intermédiaires
potentiels du parasite ? ». L’optique recherchée n’était
donc pas une étude approfondie du régime alimentaire du Renard
urbain sur le plan quantitatif ou énergétique, mais plutôt
un inventaire, certes quantifié, des items ingérés.
Ceci explique la technique employée ici pour déterminer ce
régime. Nous avons bien conscience qu’il existe des moyens
plus précis (coupes de poils) ou plus objectifs (rapport au volume
ingéré par l’utilisation d’indices de correction),
lorsque le but visé est plus spécifique que le nôtre.
3.1.3.1
Analyse des prélèvements
L’analyse du régime alimentaire a été réalisé sur
la portion restante de chaque crotte après le prélèvement
d’un gramme nécessaire à la recherche de copro-antigènes.
Le protocole qui était suivi pour cette analyse est présenté en
Annexe 1. Il s’agit d’étapes successives de lavage et
de filtration aboutissant à la reconnaissance de macro-restes présents
dans les fèces.
3.1.3.2
Traitement des données
Pour chaque prélèvement de fèces on relevait la nature
des différents aliments identifiés d’après l’analyse
du surnageant et des macro-restes.
On en déduisait ensuite la fréquence de chaque type d’aliment
sur l’ensemble de l’échantillon (FO) et sur l’ensemble
des aliments identifiés (FOR).
On effectuait ensuite une comparaison entre les régimes alimentaires
d’hiver, de printemps et d’été en fonction de
la date de ramassage des fèces.
3.2
Etude du portage de E. multilocularis par les renards
Cette partie de l’étude était destinée à répondre à la
question « ces renards sont-ils porteurs de E. multilocularis ? »
Outre l’intérêt de rechercher le parasite chez les renards
urbains, il nous est apparu important d’évaluer le contexte épidémiologique
dans lequel se situait l’agglomération. C’est pourquoi
notre étude a également porté sur les environs d’Annemasse.
3.2.1
Evaluation de la présence de E. multilocularis dans les
environs d’Annemasse
3.2.1.1 Par abattage et autopsies de renards
L’autopsie parasitaire demeure la méthode de référence
pour le diagnostic du portage du parasite. Il ne nous était pas
possible d’envisager d’abattre des renards urbains, le tir
de nuit étant trop dangereux et le piégeage réservé à la
capture de renards vivants pour le suivi télémétrique.
Il ne nous a pas non plus été possible de récupérer
dans des conditions de conservation suffisantes d’éventuels
cadavres de renards urbains (percutés sur la route par exemple).
Ainsi cette méthode de recherche du parasite n’était
pas concevable au sein de l’agglomération.
Par contre, les excellentes relations établies avec les lieutenants
de louveterie locaux ont permis la mise en place de sessions de tirs de
nuits dans les communes rurales avoisinant l’agglomération
d’Annemasse.
3.2.1.1.1
Organisation de tirs de nuit
Les louvetiers ayant accepté de coopérer avec nous se chargeaient
de préparer le circuit, d’après leur connaissance du
terrain, et de prévenir les autorités locales (Police,
Gendarmerie).
La tournée était en outre riche de renseignements sur la
faune de la zone parcourue : chaque espèce rencontrée était
notée, et l’on pouvait grossièrement déduire
une densité de population en fonction du nombre d’observation
au kilomètre.
3.2.1.1.2
Autopsies parasitaires
Les tractus ainsi récupérés ont séjourné dix
jours au congélateur à -80°C, avant d’être
analysés.
La technique d’autopsie parasitaire utilisée est la technique
de sédimentation décrite en Annexe 2.
3.2.1.1.3
Traitement des données
Pour chaque tractus il était noté la présence ou l’absence
de E. multilocularis ainsi que la charge parasitaire totale.
Ces données ont été regroupées pour effectuer
une estimation globale de la prévalence du parasite dans les environs
d’Annemasse.
La provenance géographique de chaque Renard était également
reliée au résultat afin de mettre d’éventuelles
variations en évidence.
3.2.1.2
Par collecte de fèces et recherche de copro-antigènes
Afin d’avoir une source de données comparable entre l’agglomération
et la zone rurale environnante, il a été entrepris de récolter
un échantillon de fèces provenant de cette zone et de lui
faire subir les mêmes analyses que celles envisagées pour
l’échantillon urbain.
3.2.1.2.1
Ramassage des fèces
Dix placettes de quatre kilomètres de côté ont étés
tracées sur le fond de carte de la région afin de former
une ceinture entourant l’agglomération du côté français.
La disposition de ces placettes est présentée en Figure
8.
Dans chacune de ces placettes, nommées de A à J, on a récolté cinq fèces de Renard, les plus distantes possibles les unes des autres.
On a utilisé les mêmes critères de reconnaissance que pour la récolte en milieu urbain ainsi que les mêmes précautions sanitaires.
![]() Figure 8 : disposition des placettes de ramassage autour de l’agglomération. |
La numérotation de chaque échantillon de fèces était composée du numéro du département, de la lettre correspondant à sa placette et de son ordre de ramassage (Ex : 74.A.1).
|
3.2.1.2.2
Analyse des prélèvements
On a procédé à l’analyse des prélèvements
après une semaine de décontamination à –80°C.
La recherche de copro-antigènes s’est faite par test ELISA à l’aide
du kit CHEKIT-Echinotest® (Bommelli diagnostics), selon le mode opératoire
décrit en Annexe 3.
Chaque échantillon était analysé deux fois.
3.2.1.2.3
Traitement des données
On a calculé, pour chaque échantillon, la densité optique
moyenne (DOmoy) obtenue d’après la valeur des deux cupules.
La valeur moyenne obtenue pour les témoins positif et négatif
de chaque plaque étaient appelées, respectivement, DOpos
et DOneg.
On pouvait
alors exprimer, pour chaque échantillon, sa valeur corrigée
(DOc, en pourcentage), établie en fonction des contrôles positif
et négatif de sa microplaque, selon la formule suivante (fournie
par le fabricant):
DOc (%)= 100*(DOmoy-DOneg)/(DOpos-DOneg)
Lorsque sa DOc était inférieure à 30 %, l’échantillon était
considéré comme négatif. Il était considéré comme
positif au dessus de 40 % et comme douteux entre les deux.
Compte tenu du manque de spécificité du test, les résultats
douteux étaient considérés comme négatifs.
Le décompte du nombre d’échantillon dont la DOc dépasse
40 % permettait d’obtenir une estimation de la fréquence de
résultats positifs dans le lot considéré, qui pouvait être
comparée, par un test du Khi2 à celle obtenue en ville.
On a aussi
calculé une valeur ajustée pour chaque échantillon
(DOa) afin de comparer les résultats obtenus entre différentes
plaques, car il existe des facteurs de variation concernant les conditions
de réalisation de chaque analyse dont il faut tenir compte. On a
donc choisi une plaque de référence dont la valeur des témoins
positif et négatif était appelée respectivement
DOpos.ref et DOneg.ref.
On a alors appliqué, pour chaque échantillon testé sur
une plaque x, la formule suivante (Besnar J.C. et Morin J.F., 1997, cités
par Raoul, 2001) :
DOa=Ratio*DOmoy+(DOneg.ref-Ratio*DOneg.ref)
Avec Ratio=(DOneg.ref.-DOpos.ref/(DOneg.x-DOpos.x)
DOneg.x= valeur du témoin négatif de la plaque x
DOpos.x= valeur du témoin positif de la plaque x
Cette formulation des résultats permettait de comparer la répartition des valeurs de densité optique obtenue dans les placettes avec celle obtenue en agglomération, en utilisant le test non paramétrique de comparaison des moyennes (Mann-Witney-Wilcoxson), ou, après transformation en log des valeurs, un test T (Student).
3.2.2
Recherche de copro-antigènes de E. multilocularis dans
les fèces collectés dans l’agglomération
3.2.2.1 Analyse des prélèvements
Les fèces récoltées dans l’agglomération
ont été analysées, conjointement à celles récoltées
dans les placettes, à l’aide du CHEKIT-Echinotest®, après
une semaine de décontamination à –80°C.
Afin que les résultats soient vraiment homogènes et comparables,
on analysait sur une même microplaque des échantillons provenant
des deux lots (« environs » et « agglomération »).
3.2.2.2
Traitement des données
On a appliqué les mêmes calculs qu’explicités
précédemment afin d’obtenir les valeurs de DOmoy, DOc
et DOa pour chaque échantillon.
Par ailleurs, les fèces dont la DOc dépassait 40 % étaient localisées sur la carte de l’agglomération afin d’en observer la répartition.
4.
Etude de l’hôte intermédiaire
La connaissance de la situation des hôtes intermédiaires concernant
E. multilocularis, permettait de répondre en partie à la
question « les Rongeurs présents dans l’agglomération
peuvent-ils être une source de contamination ? »
4.1
Inventaire des espèces présentes et évaluation
des populations.
Cette partie s’est déroulée sur les sites de piégeage
repérés pendant la période de prospection, après
en avoir obtenu l’autorisation par le propriétaire du terrain.
Une ligne de cinq mètres de large était tracée sur
le terrain avec un repère coloré tous les 10 mètres.
Différents pièges étaient placés sur les passages
de galeries se trouvant dans la bande de terrain concernée.
On a utilisé des pièges Schermann, boites métalliques
avec un système à ressort qui déclenche la fermeture
de la porte lorsqu’un Rongeur s’y glisse, que l’on place
en continuité des galeries dégagées à la
pelle.
Des pinces à taupes ont également été placées
aux bifurcations de galeries ; elles se referment autour du cou de l’animal
lorsque celui-ci pousse la cale qui les maintien ouvertes.
Un schéma était réalisé pour situer les différents
pièges par rapports aux repères extérieurs (piquets,
arbres…).
Chaque matin, les pièges étaient contrôlés en
suivant le schéma. Les animaux piégés sont récoltés,
euthanasiés si besoin.
Pour chacun on relevait l’espèce et le sexe.
A l’issu de la campagne de piégeage, on devait donc avoir un inventaire des espèces de micromammifères présentes dans l’agglomération, et une estimation de leur densité d’après le taux de réussite du piégeage.
4.2
Etude du portage de E. multilocularis
Chaque Rongeur piégé était ensuite autopsié sur
place.
Les foies présentant des lésions macroscopiques étaient
conservés dans le formol en vue d’un diagnostic histologique
ultérieur. Pour chaque espèce on utilisait un seul pot de
formol par semaine et par site de prélèvement, clairement
identifié.
Le nombre de cas avérés d’échinococcose alvéolaire rapporté au nombre total de Rongeurs prélevés permettait d’évaluer la prévalence du parasite chez l’hôte intermédiaire dans l’agglomération.
Si des différences pouvaient être mises en évidence entre différents sites on pouvait en déduire des zones particulièrement à risque pour l’Homme puisque l’élément infestant est le même que pour les Rongeurs.